La charge mentale n’est pas une fatalité...

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Alléger sa charge mentale, c'est trouver l'équilibre entre vie personnelle et professionnelle,
mais aussi répartir les responsabilités de chacun dans le couple.

La charge mentale, on en a tous entendu parler et la plupart des femmes la vivent au quotidien, surtout si elles ont des enfants. Est-ce pour autant une fatalité ?

Pas selon Hanane Carmoun, Consultante en Performance collective et Executive Coach, qui nous explique plus en détail à quoi est due ce qu’elle préfère appeler la « surcharge mentale » et comment faire pour arriver à l’alléger.

Qu’est la charge mentale et que n’est-elle pas ?

C’est devenu un sujet de préoccupation, quelque chose dont on parle beaucoup, mais il est important de savoir de quoi on parle exactement.

Il s’agit de l’équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle et de la répartition des responsabilités du quotidien dans le couple.

Il ne faut pas confondre la charge mentale avec quelques autres charges qui peuvent lui ressembler par certains aspects et qui pourtant sont différentes.

  • La charge émotionnelle, qui est liée à l’intensité des émotions ressenties.
    On dit souvent qu’il y a des émotions négatives et d’autres positives, mais en réalité toutes les émotions ont leur raison d’être, la distinction se fait plutôt entre les émotions agréables et désagréables.
    Si on accumule les émotions désagréables, cela va se ressentir sur notre humeur.
  • La charge attentionnelle, c’est la concentration qui est exigée pour faire face à diverses tâches et qui peut entraîner une fatigue lorsqu’on demande au cerveau une concentration supérieure à celle dont il est capable.
    Dans le milieu professionnel par exemple, devoir enchaîner les réunions et les rendez-vous et se montrer créatif sans répit peut provoquer une surcharge attentionnelle.
  • La charge informationnelle, qui concerne toutes les informations que nous recevons et que nous devons traiter.
  • La charge de quantité de travail : c’est quand la quantité devient supérieure à la qualité que vous pouvez délivrer. La charge cognitive concerne les efforts que l’on doit déployer pour réaliser une tâche

La charge mentale concerne l’organisation et la planification des tâches à effectuer. En soi, c’est bien utile pour s’assurer que toutes les tâches soient accomplies de la meilleure façon, c’est plutôt la surcharge de mentale qui est problématique, lorsqu’il y a trop de choses à prévoir pour la capacité de stockage de notre cerveau, qui d’ailleurs n’est pas fait pour stocker, mais pour analyser et agir.

Histoire, concept et évolution dans la société

Le concept de charge ou surcharge mentale tel qu’on le connaît aujourd’hui a été évoqué pour la première fois en 1984 par la sociologue Monique Haicault. Elle l’a défini comme la cohabitation et l’empiétement de deux univers distincts, en d’autres termes n’avoir qu’un seul cerveau pour gérer à la fois ce qui est personnel et ce qui est professionnel.
Nous savons tous de quoi il s’agit : penser au travail lorsqu’on est à la maison et à la maison lorsqu’on est au travail.

En 1998, Sylvie Hamont-Cholet, une ingénieure de recherche en matière de travail et d’emploi, reprend ce concept qu’elle adapte au monde du travail pour tenter d’évaluer le coût psychologique qui pèse sur les salariés.

Depuis 2017, le concept et le terme sont revenus au-devant de la scène grâce à Emma, une dessinatrice française qui a publié "Fallait demander", une BD qui recense diverses situations dans lesquelles la femme se retrouve responsable de la logistique de l’ensemble de l’organisation familiale, devant un conjoint bien souvent pétri de bonnes intentions, mais qui attend qu’on lui dise quoi faire.

Depuis 2020, le Larousse définit la charge mentale comme le « poids psychologique que fait peser (plus particulièrement sur les femmes) la gestion des tâches domestiques et éducatives, engendrant une fatigue physique et, surtout, psychique ».

Il s’agit donc d’être l’unique responsable de toute la logistique domestique, d’avoir en permanence une to do list qui défile dans le cerveau.

Il y a certes des problèmes plus graves dans notre société, comme on l’entend souvent, mais il s’agit d’un enjeu de santé. On l’a bien vu pendant la pandémie et pendant les confinements où nombre de femmes, devant gérer le télétravail et les enfants à la maison, se sont rendues à l’épuisement.

Il s’agit de devoir accomplir un travail permanent, épuisant et invisible.

La charge mentale, un même mot, mais est-ce la même perception pour une femme ou un homme ?

Non, ce n’est pas perçu de la même façon !

Selon un sondage IPSOS réalisé en 2018, pour les hommes, la charge mentale est essentiellement professionnelle, tandis que pour les femmes, il s’agit de devoir organiser tout ce qui se passe à la maison, en plus de leur activité professionnelle.

Et 61 % des hommes n’ont tout simplement pas conscience de la charge mentale qui pèse sur les femmes.

Différentes croyances ou idées reçues aggravent la charge mentale de la femme.

Le culte du multitâche

On dit souvent que les femmes, contrairement aux hommes sont multitâches, qu’elles peuvent faire plusieurs choses à la fois, mais ce n’est pas une question de genre, c’est tout simplement un leurre : personne n’est multitâche !

Ce qui peut donner l’impression d’être multitâche, c’est lorsqu’on passe d’une activité à l’autre très rapidement. On ne fait pas plusieurs choses à la fois, mais on s’épuise à les faire les unes à la suite des autres, sans forcément avoir le temps d’en terminer une avant d’en entreprendre une autre.

On peut penser à une situation fréquente : vous êtes en train d’écrire un mail à votre patron, c’est quelque chose d’important où chaque mot compte. Au même moment, un de vos collègues vous appelle pour avoir votre avis sur un dossier, et pendant que vous lui parlez, vous recevez un message de votre fils qui vous demande où se trouve son maillot de rugby pour son entraînement qui a lieu dans 30 minutes.

Le piège de la perfection ou de la « reine de la ruche »

Il faut cesser de vouloir tout faire parfaitement dans un temps trop court. Ce n’est pas facile, parce que la plupart des femmes ont été élevées comme ça, mais en réalité ce n’est qu’une projection, et elle est irrationnelle.

Ne dit-on pas "Mieux vaut fait que parfait" ?
Pour sortir de ce piège, il est important de prendre conscience de l’avantage caché de la charge mentale. Il faut bien admettre qu’elle nous apporte un sentiment de puissance, une impression d’être indispensable, et cela nous flatte.

Il faut se poser les bonnes questions et y répondre de façon honnête : quel avantage je retire à garder toute cette charge mentale ? Ce n’est qu’en étant prête à remettre en cause l’idéal de perfection et ce rôle de « reine de la ruche » qu’on peut changer les choses.
Et cela doit forcément venir de soi pour que ce soit durable.

Quelques pistes concrètes pour passer de la cheffe du projet "Gestion maison" à la co-responsabilité dans le couple !

Il n’y a bien sûr pas de recette miracle, ce qui fonctionne pour quelqu’un ne fonctionnera pas pour un autre, mais il y a tout de même des pistes à suivre. Tout d’abord, on s’attaque à la sphère du foyer.

  • Faire un diagnostic factuel et précis de la répartition des charges domestiques !

Qui fait quoi et combien de temps ça prend. Et mettre ça sur papier

  • Communiquer et exprimer ses besoins, ce qui est difficile, car on a vite fait de basculer dans le jugement et dans l’agression de l’autre.

Il est primordial de respecter les bases de la communication non-violente, notamment en exprimant ses propres ressentis.
Par exemple, au lieu de reprocher à l’autre « tu n’as pas descendu les poubelles », comme si c’était suffisant pour exprimer les conséquences que ça a pu avoir sur soi, il faudrait préciser : « Je suis agacée parce que tu n’as pas descendu les poubelles et je voudrais que cette tâche nous incombe à tous les deux et pas seulement à moi ».

  • Laisser les autres, c’est-à-dire le conjoint et les enfants, co-construire le plan.

Si la femme est la seule à proposer des solutions, elle sera la seule à les respecter.

Elle doit se voir comme une contributrice au même titre que les autres membres de la famille et non comme la cheffe de projet. Le dialogue doit être constructif et non pas accusateur. Il ne s’agit pas de se refiler la patate chaude, mais de trouver une réorganisation où chacun peut trouver son compte.

Puis, il y a aussi un travail individuel à accomplir.

  • S’interroger sur la véritable importance de telle ou telle tâche.

On peut s’aider en effectuant une décentration dans le temps, c’est-à-dire en se demandant, avant chaque tâche, quelle importance le fait de l’accomplir ou pas aura dans le temps, dans 1 an, dans 5 ans.
Ça permet de prioriser et de constater là où le niveau d’exigence est trop élevé.

  • Lâcher prise sur les choses qu’on ne peut pas contrôle !

Il est préférable de concentrer nos efforts et notre énergie sur les choses sur lesquelles on a vraiment un pouvoir.

  • Apprendre à déléguer et à demander de l’aide.

Nous ne sommes pas habituées à faire ça parce que ça montre notre vulnérabilité, mais en expliquant bien les choses ça peut être très positif.

  • Se donner de la gratitude.

Alors qu’on a plutôt tendance à souligner ce qu’on n’a pas réussi, il est bon de faire un petit bilan positif, de chercher ce qu’on a fait et qui a fonctionné.

Ça fait du bien et ça allège la charge mentale.

  • Adopter une bonne hygiène numérique et contrôler le flux d’informations qui nous parvient.

Il faut savoir que les informations que nous recevons chaque jour correspondent à ce qu’une personne recevait en une année dans les années 1900. On peut s’obliger à s’éloigner de son téléphone par exemple une journée par semaine.

Cela libère de la place dans le cerveau et permet de vrais moments de détente.

  • Apprendre à dire non sans culpabiliser.

Pour y parvenir, il faut se reconnecter à ses propres besoins. Ça peut se faire de façon sereine !

Il y a plusieurs façons de dire non. On peut dire non, mais suggérer une autre solution à la personne qui nous sollicite ou encore dire oui, mais à certaines conditions.

  • Se donner le droit de ne pas réussir ces changements du premier coup.

Un des bons moyens pour réussir est d’y aller par étapes. C’est le principe des 4 P : les plus petits pas possibles, une technique qui repose sur de petits changements graduels et facilement atteignables afin qu’ils soient durables.

Il est difficile de changer l’équilibre de quelque chose parce que ça suppose de d’abord déséquilibrer et ça dérange : c’est inconfortable pour tout le monde.

Une attitude bienveillante et un dialogue constructif sont la clé pour trouver des solutions durables. Il est important de ne pas râler ou critiquer lorsque les choses ne sont pas faites comme on aurait souhaité qu’elles le soient ou comme on les aurait faites nous-mêmes.

Il est préférable de faire des feed-back motivants et positifs et des feed-back d’amélioration en s’inspirant de ce qui se fait en entreprise parce qu’en effet, un foyer a de nombreux points communs avec une entreprise et il appartient à ceux qui y vivent de choisir de quelle façon il sera géré.

Hanane Carmoun,
CEO Brain Me UP Consulting & Cercle pheWomenal
client.bmu@outlook.com
https://www.linkedin.com/in/hananecarmounperformancecollective/

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