
La diversification alimentaire consiste à introduire des aliments autres que le lait (aliments solides) dans l’alimentation du nourrisson allaité ou recevant du lait pour nourrissons. Elle conduit progressivement à une alimentation familiale vers l’âge de 1 à 2 ans.

Lucie Charpin
Lucie Charpin, diététicienne spécialisée en périnatalité, pédiatrie et allaitement, nous en dit plus sur cette étape cruciale qui aura des effets sur la santé de l’enfant, mais aussi sur le développement de son goût et son rapport aux aliments.
La diversification alimentaire a des effets à long terme sur votre jeune enfant.
À quel âge faut-il commencer la diversification alimentaire ?
L’âge de début de diversification a beaucoup changé au fil du temps.
Actuellement, nous parlons d’une « fourchette » de temps située entre les 4 mois révolus et les 6 mois de l’enfant. La diversification chez les enfants à risque d’allergie est identique à celle des autres enfants.
Peut-on continuer l’allaitement durant la phase de diversification ?
Oui, bien sûr. Au lait maternel ou en poudre, s’ajoutent progressivement les légumes, les fruits, la viande, les féculents…
L’alimentation de bébé évolue, car le lait ne suffit plus à couvrir ses besoins nutritionnels, mais il reste la base de l’alimentation de l’enfant.
La cuisine maison, est-elle encore aujourd’hui préférable à la nourriture industrielle ?
Les réglementations concernant la nourriture industrielle pour bébé sont strictes. Je ne contre-indique pas l’utilisation des petits pots tout prêts. En revanche, je trouve cela dommage, voire alarmant, que l’on trouve autant de laitages sucrés par exemple, dans les rayons pour bébés. Les laitages sans sucre, non aromatisés, restent en minorité.
Je recommande donc de varier l’alimentation de bébé entre des repas « faits maison » et des petits pots, qui restent pratiques. Il n’est pas utile de faire culpabiliser les parents qui utilisent des pots pour bébé industriels.
J’invite les parents à varier les laitages entre ceux du rayon bébé (sans sucre, qui est à limiter au maximum surtout au début de la diversification) et le rayon classique.
Dans ce dernier cas, je vous conseille de choisir des yaourts, fromages blancs ou petits suisses nature, au lait entier et pasteurisé. (éviter le lait cru)
Quels modes de cuisson privilégier ?
La cuisson vapeur avec ajout d’huile(s) végétale(s) : huile d’olive, colza, tournesol ou mélange d’huiles… Ou cuisson sautée à l’huile.
L’important est d’éviter les cuissons au beurre ou au bouillon contenant du sel.
Pensez à l’ajout d’une petite quantité de matière grasse végétale chaque jour, pour l’apport en acides gras essentiels (AGE), très important pour le développement de l’enfant.
Il est conseillé de varier les huiles qui contiennent chacune des AGE différents.
Est-il préférable de choisir des produits bios ? Comment bien les utiliser ?
Oui, il est préférable, si possible, de choisir des produits bios, de saison et produits localement afin que la démarche reste cohérente. Les végétaux doivent être bien lavés, mais pas forcément épluchés.
En revanche, il est recommandé d’éplucher les végétaux non bios après les avoir lavés.
Y a-t-il des aliments interdits à bébé ?
Il s’agit plutôt d’aliments déconseillés.
On évitera de donner des aliments au lait cru (sauf emmental ou comté), de la viande crue, des œufs crus, du poisson ou des coquillages crus.
Le sel, la charcuterie, les aliments et boissons sucrés sont à introduire le plus tard possible.
Pouvez-vous nous parler des allergies et intolérances alimentaires ? Comment les éviter ? Comment les détecter ?
Une fois la diversification commencée, il est recommandé d’introduire sans tarder les allergènes alimentaires majeurs tels que les produits laitiers, l’œuf et l’arachide, que l’enfant soit à risque d’allergie (personnes allergiques dans la famille) ou non.
Il est déconseillé de :
- Commencer la diversification avant l’âge de 4 mois révolus ;
- La retarder au-delà de 6 mois, même chez les enfants à risque d’allergie alimentaire (père, mère, frère ou sœur allergique).
- Si bébé présente des reflux gastro-œsophagiens, des troubles cutanés ou un inconfort digestif persistant, il est conseillé de consulter un médecin ou un allergologue.
Mon enfant est allergique au lait de vache. Aura-t-il des carences ? Par quoi le remplacer ?
Le risque de carence existe si les besoins en calcium ne sont pas couverts.
Il est possible de consommer des produits alternatifs comme les yaourts au lait de coco (nature de préférence) enrichis en calcium. Il existe toute une gamme de laitages à base de jus (et non lait) d’amande, d’avoine, de soja.
Attention à ces derniers, il n’est pas recommandé de consommer du soja de façon régulière.
Il est important de vérifier sur les étiquettes que le produit contient bien 120 mg de calcium pour 100 g afin de véritablement remplacer les produits laitiers.
Une autre possibilité est de faire ses propres yaourts ou autres recettes avec du lait maternisé spécifique pour les enfants allergiques aux protéines de lait de vache.
Qu’en est-il des laits végétaux ?
Les laits maternisés, type lait de riz, achetés en pharmacie, peuvent convenir.
Toutefois, je recommande leur utilisation plutôt lorsque l’enfant a une alimentation diversifiée.
En ce qui concerne les « laits » végétaux que l’on trouve en grande surface (qui ne peuvent pas porter réglementairement l’appellation lait), ils ne se substituent pas au lait maternisé, car leur composition nutritionnelle ne couvre pas les besoins du petit enfant.

L'éveil gustatif de votre enfant débute dès la grossesse, et se poursuit au fil des mois, aliment après aliment !
Comment aider son enfant à développer son goût, et lui inculquer l’importance de bien manger ?
Une alimentation simple, sans sel, sans crème, un aliment à la fois, l’aidera à développer son goût, notamment en début de diversification alimentaire.
« L’environnement du repas » est-il important pour un bon éveil au goût et au plaisir que prend bébé à table ?
L’environnement du repas est très important pour les enfants comme pour les adultes.
Le fait de manger en pleine conscience, faire du repas une activité à part entière, permet à bébé un apprentissage gustatif et sensoriel.
Avoir une alimentation variée durant la grossesse, est-ce déjà faire l’éducation gustative de son enfant ?
À quatre mois de grossesse, le développement du goût de bébé est très avancé, il est capable de différencier les quatre grandes saveurs : le sucré, le salé, l’acide et l’amer.
Grâce au liquide amniotique, la maman lui transmet le goût des aliments qu’elle consomme. Voilà pourquoi il est essentiel, pendant ces neuf mois, de manger de tout.
Un bébé, peut-il être en surpoids ?
Une prise de poids rapide chez le bébé peut conduire à un surpoids ou à une obésité chez l’enfant.
Les consultations médicales régulières des premiers mois permettent un suivi des courbes de poids/taille et d’alerter/guider les parents si besoin.
Le risque d’obésité, est-il héréditaire ?
L’obésité est une pathologie multifactorielle actuellement considérée comme une maladie des centres régulateurs du poids avec une forte prédisposition génétique dont l’expression est modulée par les facteurs de l’environnement.
Pour faire simple :
Effectivement, on peut considérer que l’obésité est une pathologie héréditaire, qui peut se déclarer ou non :
- Selon son mode de vie : alimentation, activité physique, sommeil, etc.
- Selon les facteurs génétiques.
Mon bébé manque d’appétit, comment le stimuler ?
Il est important de ne pas « gaver » votre enfant et ne pas faire de forcing. Le manque d’appétit peut avoir plusieurs causes. Si vous observez une cassure de la courbe de poids, il est recommandé de consulter un médecin qui pourra vous orienter vers un spécialiste : gastro-pédiatre, diététicien, orthophoniste si trouble de l’oralité ou autres…
Le mot de la fin :
L’alimentation des 0-3 ans et des enfants est un vaste sujet. Attention aux effets de mode, à certains régimes, aux idées reçues et à la surinformation, qui peuvent conduire les parents sur une voie non adaptée.
Je vous invite à faire appel à un professionnel de santé pour vous accompagner, vous rassurer, vous conseiller.
Parce que chaque famille est spéciale, chaque enfant est unique, l’accompagnement doit être adapté et permettre de couvrir les besoins nutritionnels des tout-petits.
Lucie Charpin Diététicienne Nutritionniste.
Spécialisée en périnatalité, pédiatrie et allaitement maternel.
Sein de corps & d’esprit 07 86 95 94 46
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