
Annoncer le plus tôt et le plus simplement possible à l’aîné l’arrivée d’un autre enfant.
Un enfant de plus dans la famille, voilà un grand bouleversement pour les futurs parents, mais aussi pour l’enfant qui est déjà là. Que l’aîné soit content ou non de la nouvelle, cette décision n’est pas la sienne, et il sera bien obligé de partager ses parents avec le nouveau venu.
Nous explorons cette question avec Jessica Bilem-Delannoy, psychologue clinicienne, spécialisée dans le domaine de l’enfance et de la périnatalité, qui nous donne quelques conseils afin que l’aîné devienne grand frère ou grande sœur dans les meilleures conditions possibles.
Quand annoncer l’arrivée d’une petite sœur
ou d’un petit frère ?
Il est fréquent d’attendre la fin du premier trimestre, comme pour l’annonce de la grossesse à l’entourage, mais dans le cas du ou des aînés, ce n’est pas forcément une bonne idée parce que souvent, ils le pressentent même si on ne leur dit rien.
Cela peut se détecter à des indices dans le comportement de l’enfant. Une grossesse, même si elle ne va pas à son terme, est un bouleversement, donc autant en parler.
Comment l’annoncer ?
Comme toujours, je suis adepte du parler vrai.
Bien sûr, tout dépend de l’âge de l’enfant, et il n’est pas nécessaire de rentrer dans les détails. Pour les plus petits, il peut être utile de leur donner des repères temporels concernant l’arrivée du bébé, par exemple après Noël, aux grandes vacances…
Il est important que les parents comprennent que l’enfant n’est pas obligé d’être heureux d’apprendre cette nouvelle. Il peut éprouver de l’inquiétude et on doit lui laisser ce droit, tout en lui expliquant qu’eux, les parents, sont contents de cette naissance à venir.
Comment préparer l’aîné à ce changement ?
Il n’est pas certain qu’on puisse vraiment préparer l’aîné. Encore une fois, tout dépend de l’âge de l’enfant. Il y a des livres qui sont très bien faits et qui peuvent aider.
On peut prévenir l’enfant que le bébé qui arrive aura besoin de beaucoup d’attention et que les parents seront fatigués, mais que ce ne sera pas la faute ni du bébé ni de l’aîné, et préciser qu’ils seront toujours disponibles pour répondre à ses questions.
Faut-il amener l’enfant à l’une des échographies ?
Je ne le conseille pas.
Il ne faut pas oublier que l’échographie est un acte médical qui sert avant tout à vérifier qu’il n’y a pas d’anomalie. C’est donc potentiellement un moment où on peut apprendre quelque chose de compliqué, et il n’est pas souhaitable que l’enfant assiste à ça.
De plus, c’est un moment intime pour le couple où l’enfant n’a pas sa place. On peut lui montrer les photos par la suite, mais il est important que l’enfant conserve une part de « rêverie ».
Impliquer l’aîné dans les préparatifs peut-il être bénéfique ?
Pour ce qui concerne la décoration de la chambre ou le choix du doudou par exemple, oui, c’est une bonne façon de donner à l’aîné un rôle actif qui le valorisera, mais il ne faut pas aller trop loin, pas jusqu’à l’impliquer dans le choix du prénom.
L’enfant doit comprendre que le bébé est celui des parents et pas le sien. On peut éventuellement lui demander son avis, mais c’est aux parents que le choix revient.

Laisser l'aîné faire connaissance avec son petit frère ou sa petite soeur,
à son rythme, et lui réserver des moments rien qu’à lui !
Comment se passe la première rencontre ?
C’est très aléatoire.
La pandémie a compliqué les choses, mais quoi qu’il en soit, c’est très variable en fonction de chaque famille. Il est important de ne pas forcer l’enfant à aller vers le bébé, à lui faire un bisou… Il faut respecter la distance que l’aîné peut désirer conserver, même si elle est difficile pour les parents.
Certains enfants vont désirer tout de suite créer du lien avec le bébé, le voir, alors que d’autres vont surtout vouloir retrouver leur mère absente pendant quelques jours.
Il est important de prendre le temps de retrouver son enfant avant de lui présenter le bébé.
Bébé est là, l’aîné régresse, comment gérer cette situation ?
Il faut savoir que la régression est normale dans le développement de l’enfant, même lorsqu’il n’y a pas de nouveau bébé.
Cela permet d’accepter une chose que l’on n’a pas l’impression de maîtriser. C’est une situation qu’on peut se contenter de constater sans forcément en faire quelque chose ; on peut faire comprendre à l’enfant qu’on l’a remarqué, mais ce n’est pas quelque chose qui est en soi négatif et c’est le plus souvent passager.
Bien sûr, si ça se prolonge, on pourra creuser pour chercher à comprendre pourquoi l’enfant vit aussi mal l’arrivée du bébé.
Comment faire face à sa jalousie et à son agressivité envers le nouveau venu ?
Cela dépend encore une fois de l’âge et de ce que l’enfant est apte à comprendre, mais autant que possible, il faut en discuter avec l’enfant, lui faire dire à quel moment il se sent lésé. Il peut trouver qu’il ne passe pas assez de temps avec ses parents, par exemple.
On peut ensuite chercher des façons de rétablir l’harmonie dans la nouvelle configuration de la famille. L’enfant a le droit d’éprouver de la jalousie et de la colère, mais il ne doit pas se montrer agressif envers le bébé. On peut lui offrir une poupée qui lui servira à exprimer ses affects et à laquelle il pourra faire tout ce qu’il n’a pas le droit de faire au bébé.
Bébé et plus grand dans la même chambre,
est-ce possible ?
C’est toujours possible, mais au début ça risque d’être compliqué.
Le sommeil de l’aîné ne doit pas être perturbé par la présence du bébé. C’est à discuter avec l’enfant.
S’il n’y a qu’une seule chambre, il faudra bien, tôt ou tard, qu’ils la partagent. Parfois, les aînés ont plutôt hâte de partager leur chambre avec le petit ; certains pensent que le bébé, lorsqu’il dort dans la chambre des parents, jouit de certains privilèges qui lui sont interdits.
Y a-t-il un écart d’âge idéal ?
Il y a plusieurs théories là-dessus, on entend parfois que l’enfant doit se construire lui-même avant de pouvoir partager ses parents.
La seule chose que j’ai pu constater, avec les cas que j’ai rencontrés dans mon cabinet, c’est que c’est souvent un peu plus compliqué pour les fratries rapprochées, mais cela ne peut pas être généralisé.
Pour conclure...
Beaucoup de choses sont dites concernant « la meilleure place » dans une fratrie et le nombre idéal d’enfants qu’elle devrait compter. Et on a souvent tendance à penser que ce que nous avons vécu est l’idéal ou pas : une personne qui vient d’une famille nombreuse va prétendre que c’est dans une famille nombreuse qu’on est le plus heureux, ou encore le contraire, et on ne voudra pas reproduire ce qui a été difficile pour nous, etc.
Mais selon moi, non, il n’y a pas d’idéal en cette matière, chacun doit composer avec sa propre place dans sa propre famille et avec sa propre histoire. Je voudrais ajouter que je ne pense pas que ce soit une bonne chose de faire fictivement apporter un cadeau pour l’aîné par le bébé comme cela se fait dans certaines familles.
Je ne pense pas qu’on doive instrumentaliser le bébé de cette façon. Le « cadeau » provient des parents qui ont fait le choix d’accueillir un nouvel enfant et c’est simplement le fait pour l’aîné de devenir plus grand, de devenir un grand frère ou une grande sœur qui fait dire au parent qu’ils sont fiers de lui ou d’elle. Ils ont envie, eux, de lui offrir un cadeau.
Il est important aussi, dans la mesure du possible, de conserver des temps privilégiés pour l’aîné, de lui garantir une place à part entière avec des activités qu’il affectionne en compagnie de ses parents ou de l’un d’eux. Ce n’est pas forcément un long moment qui compte, mais un temps de qualité qui peut suffire à se nourrir affectivement et à éviter les frustrations.
Jessica Bilem-Delannoy, Psychologue clinicienne. Périnatalité • enfant • adolescent • adulte.