La sexualité, pendant et après la grossesse.

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couple qui sourit

Attendre un enfant entraîne de nouvelles sensations lors des rapports sexuels, ainsi qu'une adaptation de ses envies.

L’arrivée d’un enfant est un grand bouleversement dans la vie d’un couple, y compris en ce qui concerne son intimité et plus précisément sa sexualité. Et ce bouleversement commence dès les premières semaines de la grossesse pour se poursuivre après la naissance du bébé. 

Nous avons demandé à Margot Maurel, ostéopathe et conseillère en santé sexuelle, de nous parler de ce qui change dans la sexualité pendant et après la grossesse.

Quelles sont les variations de la sexualité d’une femme enceinte au fil des trimestres ? 

Il y a effectivement des variations, notamment en ce qui concerne le désir au cours de la grossesse.

Le premier trimestre n’est pas toujours propice aux relations sexuelles à cause :

  • Des symptômes que la future maman peut éprouver, comme les nausées et la fatigue, 
  • Du bouleversement que peut entraîner l’annonce de la grossesse,
  • De la crainte d’une fausse-couche. 

Le deuxième trimestre est traditionnellement le plus propice aux rapports sexuels. Il y a bien souvent une résurgence du plaisir et plus de confort corporel.
De plus, la maman est plus sereine parce qu’elle sait le bébé bien « accroché ». 

Au troisième trimestre, il y a souvent un effondrement du désir parce qu’il devient plus difficile de trouver des positions confortables, il peut y avoir des douleurs, et un stress lié à la crainte d’un accouchement prématuré.

Dans quels cas est-il déconseillé d’avoir des rapports durant la grossesse ? 

Il n’y a pas beaucoup de situations où la pénétration n’est pas recommandée.
On peut penser à la menace d’accouchement prématuré et au placenta prævia, c’est-à-dire quand le placenta n’est pas situé là où il devrait être et que cela peut provoquer des saignements lors de la pénétration. 

Mais les relations sexuelles ne sauraient se limiter à la pénétration et il n’y a pas de raison de renoncer à toute sexualité lorsque la pénétration est déconseillée. Une sexualité orale, des caresses, et une intimité peuvent malgré tout être conservées. 

Les sensations peuvent elles être différentes lors des rapports sexuels ? 

Oui, chez la femme enceinte, il y a des modifications physiques qui peuvent avoir un effet direct sur les sensations éprouvées lors des relations sexuelles. Comme chez toutes les femmes, on retrouvera ce que l’on appelle un réflexe de vasocongestion, qui permet l’engorgement vasculaire au niveau de leurs organes génitaux et donc la lubrification du vagin. 

Dans le cas de la grossesse, cette lubrification peut être particulièrement prononcée et changer les sensations corporelles de la femme pendant l’acte sexuel. Il peut aussi y avoir des contractions orgasmiques plus puissantes qui décuplent le plaisir.

Enfin, on remarque que la phase de résolution est prolongée et que l’orgasme peut ne pas satisfaire immédiatement. 

Quelles positions privilégier quand on est enceinte ? 

Le mot d’ordre à retenir est le confort ! Les positions les plus confortables sont à privilégier, et elles peuvent varier d’une femme à l’autre. Cependant, la position de la cuillère ou celle d’Andromaque, où la femme se retrouve au-dessus de son partenaire, sont souvent les préférées. 

Les rapports sexuels, peuvent-ils faire mal au bébé ? 

Non ! Malgré les inquiétudes que peuvent éprouver la femme et surtout son partenaire, le bébé est protégé par le liquide amniotique et par le col de l’utérus. Il n’y a aucun risque, et même, au contraire, le bébé peut sentir le plaisir et le bien-être de sa maman. 

Le désir sexuel du papa, peut-il aussi changer ? 

Oui, selon les études, le désir du futur papa est plutôt stable, si ce n’est un effondrement au 8e mois, pour diverses raisons : la peur de faire mal au bébé qui prend de plus en plus de place,

il peut y avoir une certaine forme de couvade qui provoque, comme chez la femme enceinte, une baisse de désir à ce moment-là puisque l’homme se prépare psychologiquement à l’arrivée de son enfant. 

L’image qu’il a de sa partenaire peut également changer, d’amoureuse, elle devient la mère de son enfant…

Que faire si la libido baisse chez l’un des partenaires ?

Pour que le partenaire ne se sente pas rejeté, la première chose à faire dans ce cas est d’en parler.
La communication est très importante au sein du couple.

Il est très utile aussi de se renseigner, de s’informer. Le fait de constater que cette baisse de désir touche d’autres que soi, et qu'elle est somme toute normale, peut aider à dédramatiser. 

Enfin, il est fondamental de conserver une intimité et une complicité dans le couple, la tendresse doit continuer à s’exprimer. 

Auriez-vous des conseils à donner aux parents afin de préserver leur sexualité pendant cette période ? 

Le premier conseil que je donnerais est de s’écouter soi : « Qu’est-ce que je ressens, quel est mon désir, de quoi
ai-je envie maintenant ? » Une fois qu’on sait ce qu’on ressent, il faut savoir l’exprimer, le verbaliser au partenaire pour ensuite, ensemble, s’adapter, se réinventer et tenter de contourner les difficultés.

Après l’accouchement, reprendre une activité sexuelle demande un peu de temps : celui de récupérer pour la maman,
et celui de trouver l’équilibre du couple, dans une nouvelle configuration familiale.

Quand reprendre une activité sexuelle ? 

Il n’y a pas d’obligation pour la reprise des relations sexuelles. Il existe une « norme » de reprise qui est d’environ 3 à 6 semaines après l’accouchement, suivant le type d’accouchement. 

Pourquoi ce délai ? Parce qu’il faut que le col se soit refermé et que les cicatrisations se fassent. La plupart du temps, les professionnels en sortie de maternité préconisent de ne pas prendre de bains et de ne pas utiliser de tampons pendant un mois pour prévenir les risques d’infection. 

Mais les informations données sont parfois contradictoires : il n’y a aucune indication claire sur les rapports sexuels, notamment ceux avec pénétration sans protection. L’utilisation d’un préservatif pourrait, à mon sens, permettre de réduire les risques d’infection utérine. 

Quelles sont les positions à privilégier ? 

Comme pour les relations pendant la grossesse, la priorité est le confort.

La position du missionnaire, par exemple, ne sera pas adaptée après une césarienne. Le confort pourra souvent plus facilement être atteint dans une position où la femme est sur le dessus et peut maîtriser la profondeur de la pénétration. 

Le désir, est-il le même qu’avant bébé ? 

Le désir est variable pendant toute la période du post-partum frais, c’est-à-dire pendant les 6 mois qui suivent l’accouchement. Les hormones, notamment celles sécrétées lors de l’allaitement, peuvent entraîner une sécheresse vaginale et une baisse de libido.

Il y a donc les maux de la maman qui peuvent intervenir, mais aussi les maux du bébé qui est désormais présent. Les variations du désir peuvent dépendre de beaucoup de choses : le couple, le trio ou la famille, l’environnement… 

L’arrivée d’un nouveau membre dans la famille impose une adaptation. Retrouver sa place de femme et d’homme, en étant en même temps maman et papa, peut prendre du temps. 

Si le retour à une sexualité épanouie tarde, quand faut-il consulter ? 

Le spécialiste qui est compétent dans ces circonstances est le sexologue ou le conseiller en santé sexuelle.

Avant d’aller voir un spécialiste, il est tout à fait possible de parler du problème aux intervenants de santé que la femme consulte : la sage-femme, le kiné, l’ostéopathe, le gynécologue.

Cependant, en pratique, cela reste compliqué, on conseillera souvent à la femme de prendre son mal en patience. Mais si après plus de 6 mois de difficultés sexuelles et malgré la prise en charge effectuée par les premiers acteurs de soins du post-partum, la problématique reste inchangée, alors il vaut mieux consulter un sexologue.

Le mot de la fin, quelques conseils ? 

Avant toute chose, la femme doit se faire confiance, s’écouter, mais aussi, même si c’est un sujet encore tabou, en parler aux professionnels qui l’accompagnent, pourquoi pas à ses amis et bien sûr à son/sa partenaire. 

Le côté positif, c’est que cette période peut être l’occasion de se renouveler, se redécouvrir !
Il est certain qu’il y a une sexualité avant et une sexualité après la grossesse,
mais l’une n’est pas forcément meilleure que l’autre.

margot maurel ostéopathe Margot Maurel est ostéopathe depuis 7 ans. Dans ce cadre, elle s’est formée autour de la périnatalité. C’est à la suite de ses formations qu’elle découvrira la sexologie clinique. Elle est actuellement titulaire d’un diplôme universitaire en santé sexuelle et achève cette année son diplôme interuniversitaire de sexologie clinique afin de devenir sexologue. 

www.osteopathe-maurel-puteaux.fr

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