
Les écrans sont des outils positifs d’ouverture au monde et d’apprentissage, à consommer avec modération !
Ces dernières années, avec l’apparition de nouvelles technologies et encore plus depuis les confinements que nous avons vécus, les écrans ont fait leur apparition de plus en plus tôt auprès des jeunes enfants.
Cette évolution peut avoir des aspects positifs, car elle apporte de nouvelles connaissances, un accès à la pensée. Les écrans ne sont donc pas à diaboliser, mais leur usage doit être régulé.
Il est important de nous demander ce que nous savons de leur impact sur le développement des enfants, comment les utiliser de façon adaptée en fonction de chaque âge, et à quel moment s’alarmer.
Jessica Bilem-Delannoy, psychologue, nous conseille.
De quels types d’écrans parlons-nous ?
Lorsque nous évoquons « les écrans » nous parlons des smartphones, tablettes tactiles, ordinateurs, télévisions ou encore des consoles.
Quels dangers pour l’enfant face à une surexposition ?
De nombreux experts n’ont de cesse de faire des constats alarmants concernant les risques d’une surexposition aux écrans. Les enfants surexposés aux écrans ont plus de risques de souffrir d’un retard de langage, d’une moindre autonomie et d’une intégration sociale plus difficile.
Cela a aussi une incidence sur les capacités d’attention et de concentration, même s’il ne s’agit que de la télévision en fond sonore. D’après le ministère de la Santé britannique, les enfants qui passent beaucoup de temps devant les écrans semblent plus anxieux que les autres.
Lorsque nous regardons des écrans, nous ne sommes pas dans une activité physique ; or faire du sport, par exemple, permet de créer du lien social, une meilleure estime de soi, et une bonne santé physique (réduit les risques d’obésité).
Trop de temps passé devant des écrans peut aussi avoir un effet négatif sur la qualité du sommeil, et particulièrement sur l’endormissement (la lumière bleue des écrans empêche notamment la sécrétion de mélatonine, hormone du sommeil.)
Parmi les impacts sur le développement, nous retrouvons également des comportements plus agressifs et plus passifs chez les jeunes enfants.
Qu’entend-on par surexposition ?
Il est important de rester vigilant pour éviter une pratique « excessive » des écrans et pour faire en sorte que le comportement des enfants ne devienne pas pathologique à l’âge adulte, ne génère pas d’isolement, d’appauvrissement des relations aux autres ou encore d’addiction aux écrans.
Voici quelques repères :
Le psychiatre Serge Tisseron a défini la règle du 3-6-9-12 (dans son livre « Apprivoiser les écrans et grandir »), qui consiste à introduire les écrans de façon progressive dans la vie de l’enfant.
Avant 3 ans,
Éviter la télévision et les écrans non-interactifs, qui renforcent la passivité. À cet âge, les enfants ont besoin d’interaction avec leur environnement, d’avoir recours à leurs sens pour découvrir le monde (donc de toucher, voir, entendre, sentir, découvrir en mouvement et découvrir les compétences de leur corps).
Or, les écrans ne permettent pas cela, on ne peut pas découvrir la nature d’une matière, par exemple, découvrir la douceur ou la rugosité d’un objet.
Concernant les tablettes tactiles et interactives, il est préférable de les proposer pour une durée très limitée et surtout en interaction avec un adulte qui verbalise ce qui se passe.
Les jeux traditionnels sont toujours préférables.
Après 3 ans,
On peut proposer de courts dessins animés, adaptés à l’âge de l’enfant, mais encore une fois, il est important qu’un adulte puisse discuter avec l’enfant de ce qu’il a vu et compris des images.
La durée d’exposition est généralement de 10 à 15 minutes, ce qui correspond à la capacité d’attention moyenne d’un enfant de 3 ans.
Entre 3 et 6 ans,
Les jeux de société, les jeux à plusieurs sont toujours à privilégier, l’utilisation de la télévision peut être augmentée progressivement, mais toujours, accompagnée et limitée (environ 20 minutes). Les consoles de jeux personnelles pourront être introduites après 6 ans, mais il est préférable d’attendre que l’enfant sache lire.
Entre 6 et 9 ans,
Le temps d’utilisation doit être défini avec l’enfant. Il est important de conserver un équilibre entre les temps d’écrans et les activités hors écrans (45 minutes en moyenne).
À cet âge, on peut proposer un temps par jour et laisser son enfant voir comment il souhaite le répartir, il est toujours préférable d’éviter les écrans le soir.
Entre 9 et 12 ans,
Les enfants peuvent être sensibilisés et accéder de manière contrôlée à Internet. Des points de prévention sur les dangers de son utilisation sont importants. Les enfants ont besoin d’un éveil dans tous les domaines (corporel, affectif, sensoriel, social, etc.), il est donc important de proposer un équilibre entre des temps d’écrans et les autres domaines.
De nombreux livres offrent la possibilité de retrouver les héros de dessins animés dans de nouvelles aventures, cela peut être une alternative à une surconsommation d’écrans. L’imagination des enfants est grande et bien accompagnée par un adulte, elle permet de créer des mises en scène pour continuer une histoire que l’on aurait pu voir sur un écran.
Les personnages et les figurines permettent également de rejouer et de s’approprier les histoires.
Les parents doivent montrer le bon exemple, et encadrer l’utilisation des écrans par leurs enfants.

Comment concilier écrans et vie familiale ?
S’il est vrai qu’un cadre doit être fixé concernant l’utilisation des écrans, il en va de même pour celle des adultes, les parents sont le premier exemple que l’enfant va suivre.
Il est donc important pour toute la famille de se fixer aussi des limites, ou des temps sans écrans. Ce sera ainsi plus facile à intégrer pour les enfants.
Lorsque nous sommes sur nos téléphones, nous ne sommes pas présents « psychiquement » pour les enfants. En dialoguant avec les enfants sur ce qu’ils regardent, ce à quoi ils jouent, nous permettons de créer du lien au sein de la famille, des échanges qui peuvent être riches.
Quelles sont les bonnes attitudes à adopter ?
Fixer des limites et une utilisation cadrée des écrans est important, car cela permet d’y avoir accès tout en gardant un équilibre avec les besoins d’éveil fondamentaux. C’est un garde-fou.
Dialoguer avec son enfant sur ce qu’il voit, et ce à quoi il joue, lui permet de ne pas se retrouver passif devant les écrans. Il est donc important d’impliquer l’enfant dans son utilisation des écrans, il ne s’agit pas d’interdire drastiquement les choses, mais plutôt de l’aider à comprendre les enjeux.
Le mot de la fin
Tous nos smartphones, tablettes et autres écrans sont des outils très positifs d’ouverture au monde, de connaissance, de divertissement et de création, mais ils sont à utiliser avec modération, toujours en lien avec l’âge de l’enfant, et en interaction avec un adulte.
Ainsi, on permet à l’enfant de ne pas être passif, mais bien acteur de ce qu’il vit, voit, entend et découvre.
Il est important de sensibiliser dès le plus jeune âge à une régulation des temps d’écrans, cela passe aussi par l’imitation du fonctionnement des adultes.
Certains résultats d’études concernant l’exposition aux écrans ont pu culpabiliser les parents, pour autant, même s’il est vrai que les impacts sur le développement de l’enfant peuvent être importants, il est tout à fait possible d’utiliser les écrans de manière « équilibrée ».
Jessica Bilem-Delannoy, Psychologue clinicienne. Périnatalité • enfant • adolescent • adulte.