
L'adoption est un acte d'amour des parents naturels qui espèrent le meilleur pour leur enfant,
et des adoptants qui satisfont ainsi leur désir de fonder une famille.
Laura, née au Sri Lanka en 1992, a été adoptée par un couple d’Alsaciens quelques semaines après sa naissance. De son arrivée dans un petit village d’Alsace jusqu’au moment où elle est devenue maman, elle nous raconte son histoire.
Pourquoi se tourner vers l’adoption ?
À la suite du décès de leur premier enfant et après quelques années ponctuées d’espoir déçu par des fausses-couches, mes parents se sont naturellement tournés vers l’adoption. C’est leur désir profond de fonder une famille et de devenir parents qui leur a donné la détermination et la motivation pour persévérer dans ce parcours administratif souvent décourageant.
C’est finalement après plusieurs années de déceptions que, lors d’un voyage touristique au Sri Lanka, ils ont fait une rencontre qui a bouleversé leur vie. Pierre, un Alsacien président d’une association humanitaire sur place, leur permettra, quelques mois plus tard, de rencontrer ma mère biologique.
C’est ainsi qu’en avril 1992, ils ont pris un billet sans retour pour le Sri Lanka sans savoir ni quand ni comment ils rentreraient. Je suis née le 3 juin ; 3 semaines après, l’adoption a officiellement lieu et c’est ensemble que nous sommes rentrés en France, en août 1992.
De la petite enfance à l’adolescence
Aujourd’hui, je peux dire sans hésiter que mon adoption, c’est ma force, mais bien sûr, il y a eu des périodes plus compliquées… L’enfance et l’adolescence sont des périodes importantes durant lesquelles on apprend à se découvrir, à se construire.
À 2 mois, je suis arrivée et j’ai grandi dans un village très alsacien, j’étais d’ailleurs l’une des premières, si ce n’est la première petite fille bronzée du village. J’ai été très bien accueillie et vite intégrée même si j’ai pu être confrontée à quelques remarques racistes durant ma jeunesse.
D’ailleurs, l’initiative de mes parents d’intervenir dans ma classe en ramenant des souvenirs du Sri Lanka pour expliquer mes origines a contribué à mon intégration.
Mes parents ont toujours souhaité que je connaisse mes origines, mon histoire.
Depuis que j’ai 3 ans, on se rend régulièrement au Sri Lanka, pourtant, petite, je n’avais pas de réels intérêts pour ce pays. Depuis toujours, ils m’expliquaient que j’ai « 2 mamans et 1 papa » (étant née sous X du côté paternel). À mon tour, c’est ce que j’expliquais lorsqu’on me posait des questions, et je ne me souviens pas m’être réellement, un jour, questionnée sur la différence de couleur de peau entre mes parents et moi.
Tout me paraissait simple ; c’est cette communication transparente et sans tabou qui m’a permis de grandir et de faire face aux questionnements qu’on peut avoir lorsqu’on a été « abandonnée ».
De la recherche de ses parents biologiques, à l’acceptation
À l’adolescence, j’ai commencé à me poser des questions sur ma mère biologique, notamment après le tsunami, en 2004. J’en ai parlé à mes parents qui ont alors remué ciel et terre pour tenter de la retrouver. Ayant créé une association humanitaire, ils allaient régulièrement au Sri Lanka. Durant plus de 10 ans, chaque voyage, là-bas, leur permettait de poursuivre les recherches. Ils sont même retournés dans l’hôpital où je suis née et ont fait paraître un article dans un journal local. Malheureusement, nous n’avons eu droit qu’à des fausses pistes.
On pourrait croire que cette envie de rechercher ma mère biologique aurait pu les perturber… Mais non. Ils m’ont toujours soutenue et aidée dans cette démarche. En fait, ils avaient foi en notre amour, ils ne se sont pas sentis menacés, et ils ont eu bien raison.
Finalement, je n’ai pas retrouvé ma mère biologique, mais en 2018, une rencontre improbable ou peut-être encore une fois le destin nous a permis de retrouver mon père biologique. Même si je n’ai pas eu envie de tisser des liens ou une relation avec lui, il a répondu à de nombreuses questions que je me posais.
Je suis heureuse et reconnaissante de l’avoir rencontré et d’avoir partagé ce moment avec mes parents. De cet événement, l’image marquante que je retiens est celle de mon papa et de mon père biologique se serrant la main.
C’est sûr que ce moment n’est pas anodin, il peut même être perturbant, mais j’ai compris que cette rencontre pouvait simplement m’aider à découvrir mon histoire sans avoir à donner une étiquette à cette personne. J’ai un papa, j’ai une maman, et j’ai rencontré mon géniteur.

Connaitre ses origines aide à grandir, à se construire et à trouver sa place.
Pourquoi rechercher ses origines ?
Je pensais avoir besoin de connaître mon histoire pour grandir et je cherchais ma mère biologique, non pas pour créer une relation avec elle, mais pour la remercier. Je souhaitais qu’elle sache que son geste m’a permis d’être heureuse et épanouie.
En 2018, j’ai décidé de lui écrire une lettre avec tout ce que j’avais envie de lui dire. J’ai lu, puis brûlé cette lettre avant de stopper définitivement nos recherches. Ce geste symbolique m’a comme libérée, permis de me tourner vers l’avenir. J’ai compris que je n’avais pas besoin de la remercier ou même de comprendre pourquoi elle avait fait ce choix pour avancer ; j’ai compris que c’est l’amour de mes parents, de ma famille et de mes amis qui était mon réel moteur.
Comment trouver sa place ?
Je crois que je n’ai pas vraiment eu à trouver ma place… Mes parents m’ont attendue durant 10 ans, entourés de leurs familles et amis qui ont partagé ce parcours avec eux, alors quand je suis arrivée en France ma place était là, elle m’attendait.
Le parcours de mes parents est admirable, mais notre histoire est simple. Je suis proche de mes parents, de ma famille et de mes amis qui connaissent tout de mon histoire. Ma place est là, parmi eux, puisque les liens du cœur sont bien plus forts que les liens du sang.
Des parents aimants et ouverts sur leur parcours…
Oui, je crois bien que c’est cette transparence et cette ouverture vers mes origines qui ont permis de faire de mon adoption ma force. Mes parents m’aiment, me soutiennent, m’écoutent, et surtout n’ont jamais fait de tabou de notre histoire, au contraire.
L’association Aide aux enfants pauvres du Sri Lanka
Mes parents ont créé l’association Aide aux enfants pauvres du Sri Lanka en 2005. C’est une association humanitaire à taille humaine qui aide aujourd’hui plus de 130 enfants et familles défavorisés grâce à des parrainages.
Nous organisons également des événements pour récolter des fonds et ainsi concrétiser des projets de plus grande envergure comme construire des maisons, aider des écoles ou encore acheter du matériel qui permet à des personnes de travailler (machine à coudre, outils de maçonnerie…).
Je pense que cette association m’a permis de renforcer mon lien avec le Sri Lanka. Mon père dit toujours avoir créé cette association pour « rendre un peu au pays qui lui a tout donné ». Je trouve que son existence est une belle leçon de vie. L’association est née à la suite de cette histoire, notre histoire ; elle évolue et grandit grâce à l’aide et au soutien de notre famille et de nos meilleurs amis… C’est beau.
Devenir mère
Je suis récemment devenue maman d’une petite Alba, qui a 14 mois. La grossesse et la parentalité peuvent remuer certains souvenirs, quand on a été adoptée. J’ai aimé vivre cette grossesse, sentir ce lien qui se crée petit à petit, et partager cela avec ma maman. L’amour que j’ai ressenti pour ma fille quand je l’ai sentie pour la première fois contre moi, a été indescriptible, mais je suis persuadée que, quelle que soit la durée ou la façon dont on attend son enfant, à l’instant où on le porte dans ses bras pour la première fois, on l’aime sans limite et sans condition.
L’accouchement a aussi confirmé qu’abandonner son enfant à la naissance demande beaucoup de courage. J’ai longtemps pensé que j’avais été abandonnée parce que je n’étais pas assez aimée par ma mère biologique, et finalement, j’ai compris qu’au contraire, ce geste est une très grande preuve d’amour.
Je suis fière d’avoir une petite fille métisse, avec qui je vais pouvoir partager fièrement mon histoire.
Le message que vous voulez transmettre par votre témoignage
Si je prends la parole aujourd’hui, c’est pour tenter de lever certains préjugés ou certaines peurs.
J’entends beaucoup de couples qui voient l’adoption comme le dernier recours lorsqu’ils rencontrent des difficultés à avoir des enfants. Quand un enfant est adopté et qu’il a du mal à s’entendre avec ses parents, on a tendance à immédiatement rejeter la faute sur l’adoption, pourtant, il existe des relations conflictuelles dans de nombreuses familles, adoption ou non.
Choisir d’adopter est une décision importante qui exige beaucoup de courage, de motivation et de persévérance. Le parcours administratif peut être long, voire très long, c’est vrai. Mais ce qui est sûr, c’est que les liens du cœur sont plus forts que les liens du sang, l’amour n’a pas de frontière ; il y a énormément d’enfants qui ont besoin d’amour et beaucoup de parents qui ne demandent qu’à en donner.
Devenir parent, adoptif ou non, ça s’apprend et c’est un chamboulement.
Donc si on souhaite fonder une famille, je pense que l’adoption mérite d’être considérée comme une belle aventure à vivre.