
L'entrée en collectivité de votre enfant sera d'autant plus facile que vous êtes vous-même prêt à franchir ce cap,
et calme face à l'idée de le confier à quelqu'un d'autre !
Après une période fusionnelle, plus ou moins longue, pendant laquelle bien souvent, le bébé et sa maman ont vécu dans une bulle douce et confortable, le retour à la réalité coïncide le plus souvent avec le retour au travail et l’entrée de l’enfant en collectivité.
C’est un changement important tant pour les parents que pour le bébé et il ne doit pas s’improviser.
Sally El Sibahi, psychologue spécialisée en éducation et en apprentissages, nous donne quelques conseils pour faire en sorte que cette transition se passe le mieux possible.
Mon enfant commence la crèche/nounou très prochainement, je peux déjà le préparer ?
Oui, on peut toujours préparer son enfant, mais le plus important est de se préparer soi-même. Si on est au clair avec la décision et avec les raisons pour lesquelles on le fait garder, l’enfant suivra.
Les manières de rassurer un enfant varient selon l’âge, mais il n’est jamais trop tôt pour le préparer. On peut graduellement l’habituer à se faire garder, faire en sorte qu’il interagisse avec d’autres personnes, avec d’autres bébés.
Pour mieux l’aider, on peut porter attention à ses besoins par rapport à notre présence. Par exemple, s’il est particulièrement attaché à notre odeur, on peut avoir recours à un objet transitionnel qui porte notre odeur.
Dès que la crèche est définie, on peut y amener l’enfant, passer devant l’établissement et lui expliquer que c’est là qu’il ira. Même s’il ne répond pas, ça contribuera à le rassurer. S’il est possible d’obtenir des photos de l’équipe qui s’occupera de notre enfant, on peut les lui montrer et les intégrer à des jeux, à la routine du soir, en les nommant, pour que l’image de ces personnes commence à faire partie de son quotidien.
Y a-t-il un âge propice à une adaptation plus facile ?
Il n’y a pas d’âge propice, mais il y a un âge où il faut être particulièrement vigilant : entre 6 et 8 mois, lorsqu’apparaît l’angoisse de la séparation. Il ne s’agit pas d’éviter cette période si cela se présente comme ça, mais il faut être plus attentif et bien avoir en tête les raisons pour lesquelles on le fait garder afin de rester soi-même bien déterminé. Si c’est possible, attendre que l’enfant ait entre 15 et 18 mois, mais aucune règle n’est fixée.
Quel serait le planning idéal d’adaptation ?
L’adaptation est un processus, dont le fait d’entrer à la crèche n’est qu’une des étapes. Il y aura une adaptation bien en amont, mais pour ce qui concerne l’entrée en elle-même, une période de deux semaines entières me paraît correcte.
Il est important que pendant cette période le parent soit très disponible.
Le premier jour sera celui de la rencontre et des présentations avec les professionnelles de la crèche. Il sera primordial de s’assurer, à ce moment-là, que toutes les informations importantes à propos de l’enfant ont été transmises au personnel.
Ensuite, on peut laisser l’enfant une demi-journée, mais pendant toute la première semaine, rester avec lui entre une heure et une heure et demie, le temps qu’il commence à interagir avec les autres enfants et à se sentir plus à l’aise. Ça lui laissera également l’occasion d’être dans l’observation tout en sécurité, car vous êtes encore là.
Si le parent part d’un coup, sans prévenir, l’enfant se sentira dupé et cela compliquera les choses, c’est donc à éviter.
Au cours de la deuxième semaine, les membres du personnel vont graduellement s’occuper de plus en plus du bébé et il s’habituera à leur contact.
Et le dernier jour, on peut laisser le bébé seul à la crèche toute une demi-journée en s’assurant qu’il prenne un repas sur place et qu’il fasse une sieste dans le lit qui sera le sien par la suite.
Plus la période d’adaptation est longue, mieux ce sera, mais chacun fait comme il peut.
J’ai peur de la séparation, mon enfant va-t-il penser que je l’abandonne ?
Oui, il pensera peut-être que vous l’abandonnez, mais ce n’est pas grave !
La peur de la séparation est normale, c’est la période qui suit la prise de conscience de l’enfant sur le fait que sa figure d’attachement et lui ne font pas qu’un. Il faut lui expliquer. Il a peur de ce qu’il comprend de la situation, de ses interprétations et non de ce qu’il vit réellement, car en réalité vous ne l’abandonnez pas, donc en lui expliquant, ça peut aider.
Et quand la routine va s’installer, il prendra davantage confiance.
Aux alentours de six mois, bébé commence à comprendre que maman peut partir, mais aussi revenir. On peut déjà l’habituer très tôt à cela en faisant des jeux de cache-cache, même quand il est tout bébé : cachez-vous derrière vos mains et réapparaissez, par exemple.
On peut bien sûr le rassurer en se mettant à la place de l’enfant, mais avec nos lunettes d’adulte et réfléchir à la façon dont on aimerait soi-même être réconforté lorsque l’on a peur de se faire abandonner, de ne plus revoir quelqu’un. Plus le parent sera serein, moins l’enfant appréhendera.
Comment gérer les retrouvailles ?
Il faut être le plus naturel possible, ne pas s’empêcher, par exemple, d’exploser de joie et de lui dire qu’il nous a manqué. L’enfant peut se mettre à pleurer en voyant son parent revenir et ce n’est pas parce qu’il est fâché contre lui. C’est la manifestation d’un lâcher-prise qu’il se permet alors que, toute la journée, il a été en alerte.
Il ne faut pas trop interpréter ses réactions. On veillera à se montrer content de l’amener à la crèche et à faire le lien avec les membres de l’équipe devant l’enfant, montrer qu’on a confiance en eux et qu’on leur passe le relais sans souci.
Il faut faire attention à la façon dont on parle du lieu et du personnel, parce que l’enfant écoute.
Mon enfant pleure lorsque je l’accompagne, comment réagir ?
Pleurer n’est pas grave en soi. Il faut normaliser les larmes, sans pour autant les banaliser. Le parent ne doit pas se laisser déstabiliser par la réaction de son bébé ou se laisser aller aux émotions de ce dernier. Il doit lui parler, le rassurer.
Il est important de rendre joyeux le trajet jusqu’à la crèche et d’expliquer à l’enfant que les retrouvailles n’en seront que meilleures. On peut en profiter pour faire des projets pour quand on ira le chercher le soir, lui parler doucement, ne pas être pressé, ne pas être en retard, pour pouvoir prendre son temps pour l’enfant.
Il est bon de veiller à confier l’enfant au personnel de la crèche sans qu’il n'y ait de flottement pendant lequel le bébé/l’enfant est laissé à lui-même. Il est préférable de passer d’une main à une autre, de nos bras à celui du personnel, on peut voir ça comme un passage symbolique de relais. On ne l’abandonne pas, on le confie.
Je culpabilise beaucoup de laisser mon enfant à la crèche. La vie en collectivité, est-elle bénéfique pour lui ?
Évidemment que c’est bon pour lui, parce que ça casse la fusion. Non pas que la fusion soit mauvaise, mais elle n’a pas vocation à perdurer.
L’enfant doit rencontrer d’autres personnes, interagir avec eux. Il n’est pas fait pour vivre seul avec sa maman. Même si à la crèche, il peut vivre des moments plus difficiles, des frustrations, cela le prépare à son entrée en maternelle.
Comment savoir si mon enfant se sent bien à la crèche/nounou ?
La première chose est de faire confiance à ce que dit l’équipe et ne pas interpréter soi-même des comportements de l’enfant, par exemple, conclure d’un manque d’appétit qu’il y a un problème à la crèche.
Même si la séparation est difficile le matin, il faut savoir s’il se calme une fois le parent parti.
Il faut bien compter six mois pour que l’adaptation se fasse. Si au bout de six mois il y a toujours des problèmes, par exemple s’il régresse, fait des cauchemars, a des troubles du sommeil, là, on peut commencer à penser que cette crèche ou cette nounou ne lui convient pas, n’est pas adaptée à lui.

À l'école comme à la crèche, prenez le temps d'accompagner votre enfant pendant la phase d'adaptation.
Et pour la maternelle alors…
La maternelle est importante, les parents doivent être en paix avec ce qu’eux-mêmes y ont vécu et ne pas reporter sur leur enfant, les expériences désagréables ou les angoisses qu’ils ont peut-être subies à cette époque.
D’abord se préparer soi-même.
Que dire à l’enfant pour sa première rentrée ?
C’est une étape importante, il s’agit de la vraie école, et l’enfant doit sentir qu’on lui fait confiance, on peut lui dire que nous aussi, on est passé par là, qu’il a le droit d’avoir peur et d’être stressé, mais que la maîtresse comme tous les adultes de l’école sont habitués et que ça se passera bien.
Évidemment, il doit pouvoir se sentir rassuré de venir vous raconter les choses.
Mettre en place une routine quotidienne, sous forme de jeu,
pour écouter sa journée est une bonne idée.
Comment lui faciliter les choses ?
Il faut beaucoup parler avec son enfant, lui expliquer comment ça va se passer en évoquant le nom de sa maîtresse, par exemple, ou obtenir la liste des prénoms des enfants de sa classe, faire en sorte qu’il se projette.
Pour préparer l’enfant, il y a des histoires qu’on peut lui lire et qui concernent cette situation. On peut aussi faire en sorte de le rendre actif de sa rentrée en le laissant choisir son cartable et son matériel. Quand il les verra à l’école, ça lui rappellera le moment où il les a achetés avec ses parents.
Il est très important de familiariser très tôt l’enfant à l’expression de ses émotions. Plus vite, il s’y habituera, plus facilement, il les véhiculera.
Le livre que je conseille fortement pour introduire le sujet des émotions : Anna Llenas, La couleur des émotions, Glénat Jeunesse.
On ne doit pas aller plus vite que la musique ni tomber dans l’excès de zèle. On doit essayer de ne pas lui apprendre des choses qui ne sont pas encore dans le programme des enfants de sa classe.
L’équipe enseignante est formée pour ce qu’elle fait et a un programme à suivre. Chaque chose en son temps.
Quelle attitude adopter le jour J sur le pas de la porte de la classe ?
Si les parents ne peuvent pas tout anticiper, ils peuvent, et doivent, veiller à ce que les besoins de base de l’enfant soient comblés : bien dormir, bien manger, porter des vêtements confortables… C’est déjà un bon début pour qu’il se sente bien.
Il ne faut pas hésiter à l’accompagner jusqu’à sa classe, en respectant les limites imposées par l’équipe et qui peuvent varier d’une classe à l’autre.
Comme on l’a vu pour la crèche, le parent ne doit surtout pas disparaître en douce pendant que l’enfant est concentré sur autre chose, et le parent ne doit pas accepter qu’on lui arrache l’enfant des bras. Cela peut prendre un peu de temps, c’est pourquoi le parent ne doit pas être pressé d’aller travailler. Le jour de la rentrée, c’est une bonne idée de prendre sa demi-journée, voire la journée entière.
Faites confiance à l’institution, le personnel est formé pour ce genre de situation et saura trouver des solutions adaptées. Restez serein.
Et s’il refusait de manger à la cantine, s'il restait seul toute la journée, s'il n’aimait pas sa maîtresse ?
Comme on l’a dit, il serait prématuré de s’affoler avant six mois.
Si les problèmes persistent au-delà de cette période, il faut voir jusqu’à quel point les problèmes sont graves. Il est possible que l’enfant n’aime pas sa maîtresse, et si l’attitude de celle-ci n’est pas répréhensible, il devra faire avec. Ce sera pour lui un apprentissage, il sera toute sa vie confronté à des personnes avec qui il est compliqué d’interagir.
On peut en discuter avec lui, lui faire dire exactement ce qu’il n’aime pas, et lui faire comprendre que toute émotion est acceptable, mais pas tous les comportements. Parfois, il faut faire avec, tant qu’on ne lui manque pas de respect.
Ce qu’il ressent est valide, il faut justement lui apprendre à gérer au mieux la frustration.
Le mot de la fin
Il n’y a pas de notice universelle pour apprendre à être parent, on apprend tous avec l’expérience. Pour l’entrée en collectivité, il est essentiel de ne pas culpabiliser et de bien se rappeler pour quelles raisons on fait garder notre enfant, sans oublier que c’est une bonne chose pour lui et que ça lui fera apprendre plein de choses.
Il faut se faire confiance et faire confiance au personnel de la crèche ou de l’école.
On doit éviter de s’oublier en se focalisant uniquement sur les réactions de son enfant.
Tout parent fait de son mieux !

Sally El Sibahi,
Psychologue en libéral à Castelnaudary, elle accueille enfants, ados et adultes dans leur développement tout au long de la vie.
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